Le principal point de divergence entre les Nigériens, à savoir l’inscription dans le code électoral et l’avant projet de constitution d’un niveau d’instruction minima pour briguer le fauteuil présidentiel, est enfin aplani. Alors que certains pronostiqueurs politiques écartaient toute éventualité de suppression de cette disposition portée par l’article 47 nouveau de l’avant
projet de constitution, le président Djibo Salou et ses compagnons du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) ont décidé de mettre fin à la polémique en balayant purement et simplement la question de niveau d’instruction. C’était le BAC+3 au moins qui’il fallait posséder nécessairement pour prétendre s’asseoir sur le fauteuil présidentiel. Maintenant, même celui qui n’a jamais mis pied à l’école peut, s’il satisfait au critère de probité morale et jouit de tous ses droits civiques, s’engager dans la course pour la présidence. Le CSRD a tranché ainsi pour ne pas créer une nouvelle injustice entre les Nigériens alors qu’il même prône la justice sociale et la réconciliation nationale. On le sait, cette disposition discriminatoire de niveau d’instruction est particulièrement perçue dans le camp des défenseurs de l’ancien président Tandja comme une manoeuvre contre eux. Le chef de file de ce camp, Seini Oumarou, est soupçonné à tort ou à raison, de ne pas satisfaire à ce critère de diplôme universitaire, et autour de la question, ses alliés politiques et lui avaient fait beaucoup de tapage défavorable. Ils ont finalement eu gain de cause, car le CSRD a préféré que toute sanction éventuelle des politiciens se fasse au niveau des urnes. Toute autre procédure de disqualification sera inévitablement interprétée comme une preuve d’impartialité du CSRD. Au sein de l’Alliance des forces pour la démocratie et la République (AFRD), le groupement politique au pouvoir sous le règne Tandja, certains ne cachent pas du reste cette perception mauvaise qu’ils ont de la junte militaire qu’ils se plaisent d’ailleurs à qualifier de partiale et partisane. Cette suppression du diplôme dissipera, on l’espère, l’appréhension que nourrissent les acteurs politiques de l’AFRD. Mieux, elle évitera au pays d’être plongé dans un nouveau conflit inutile et elle a l’avantage d’être bien accueillie par l’ensemble de la classe politique. Le consensus fort qui a manqué lors de l’examen et l’adoption de l’avant projet de constitution par le Conseil consultatif national (CCN) sera certainement obtenu lors du scrutin référendaire pour l’adoption de la nouvelle constitution. C’est un acquis important sinon essentiel pour la stabilité du futur cadre démocratique nigérien, une vision pragmatique à mettre à l’actif du CSRD et son président qui sont en train de tenir les promesses qu’ils ont prises le lendemain du coup d’Etat. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le reconnaître, la junte militaire s’est attelée à mettre en place les différentes institutions chargées de l’épauler dans la conduite de la transition et toutes ces institutions sont en train de remplir avec plus ou moins de bonheur les missions qui leur sont assignées. Le Conseil consultatif national a examiné et amendé les principaux textes fondamentaux élaborés par le Comité mis en place à cet effet. Il ne reste plus que les documents relatifs à la dépolitisation de l’administration et à l’accès à l’information publique qui seront aussi appréciés par l’institution dirigée par Marou Amadou d’ici la fin de la transition. Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et l’Observatoire national de la communication (ONC) sont également tous en place et travaillent à remettre le pays sur les rails de la démocratie. L’Observatoire national des droits de l’Homme (ONDH) a été la dernière institution prévue au cours de cette transition à prendre place dans le dispositif initial programmé par le CSRD. Concernant la préparation et l’organisation des différentes élections qui incombent à la CENI, les actions qui sont présentement menées, à savoir la révision du fichier électoral, le recensement des Nigériens à l’extérieur, l’installation des CENI régionales et le plaidoyer mené en direction de la communauté internationale pour la mobilisation des ressources nécessaires à la tenue des scrutins, attestent de la volonté et de la détermination de la junte à respecter les échéances et remettre le pouvoir aux civils, à l’issue de la transition de 12 mois légèrement rallongée pour prendre en compte certaines dimensions qui ont été occultées dans les prévisions initiales. Ceux qui pensent que Djibo Salou et ses compagnons d’armes n’ont pas l’intention de quitter le pouvoir, sont en train d’être démentis par ces actes concrets. C’est véritablement une leçon de patriotisme et d’humilité que ces officiers militaires sont en train de démontrer à l’opinion nationale et internationale.
Yacouba Oussein
07 septembre 2010
Publié le 07 septembre 2010
Source : Le Flic
































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