Le capital : Bonjour Mr 'administrateur délégué. On sait que la gestion d'une commune n'est pas une chose aisée. Alors comment se porte la commune 3 de Niamey dont vous avez la charge ?
Issaka Hassane Karenta : Effectivement la gestion communale n'est pas une chose aisée. Disons plutôt que nous avons une somme de difficultés en amont et en avale, puisqu'il y a des difficultés de plusieurs ordres : matériels, financiers et de ressources humaines. La commune 3 dont j'ai la charge, occupe une place importante au plan régional et même national. Certes elle couvre seulement 19.9 km2 de superficie avec une population estimée à 280 000 habitants, repartis, dans 16 quartiers urbains et un gros village péri-urbain (qui compte en son sein 6 quartiers). C'est une commune qui est enclavée entre la commune II, la commune I et la commune V. Au regard de cette situation géographique et économique, il est important qu'elle dispose d'un dispositif acceptable en matière de voirie. C'est ainsi qu'au plan des infrastructures, nous avons des voies pavées, et plusieurs kilomètres de caniveaux pour l'évacuation des eaux usées. Nous avons également mis en place des dépotoirs officiels, où nous avions placé des contenaires au nombre de 27 à ce jour. En plus de ce dispositif nous avons des dépotoirs sauvages, c'est à dire sciemment crées par les populations, mais que nous entretenons aussi, parce que l'une des missions premières des communes, c'est l'enlèvement quotidien des ordures ménagères. En terme de finance, l'indiscipline caractérisée des populations fait que les recettes varient d'un mois à l'autre et même d'un jour à l'autre. Mais cela ne nous désarme pas. Quant aux ressources humaines, la commune en dispose en pléthore, car avec l'avènement des maires élus et des conseillers, il faut avouer qu'il y a eu des récompenses politiques ; ce qui a entraîné un recrutement massif qui n' a pas tenu compte de l'adéquation profil /poste, des vrais Besoins de la commune ainsi que de ses moyens financiers. Actuellement, nous travaillons avec tout le monde. L'essentiel est que chacun fasse son travail.
Le capital : Quels sont les partenaires qui vous appuient dans vos activités ?
I.A.K : Parmi nos partenaires, nous pouvons citer les ONG comme Mercicore, le RNFD qui est une association de femmes combattantes, la communauté urbaine de Niamey, les personnes ressources et les bonnes volontés, notamment les jeunes et les femmes du quartier Abidjan, de lakouroussou et du Nouveau Marché, qui interviennent chaque weekend dans la salubrité. Nous avons également l'assistance de l'AFD (Agence Française de développement), dans le domaine de la réalisation, des caniveaux, leurs curages, la réalisation et l'entretien des pistes pavées et le bitumage des routes. Nous avons le PDIL (Programme de développement des Infrastructures Locales), qui, est une agence de la banque mondiale qui est logée au Ministère de l'Equipement, qui nous aide beaucoup dans le cadre de la construction des classes, des murs de clôture, des latrines scolaires, etc. voilà en gros les partenaires avec lesquels nous partageons les difficultés du moment.
Le capital : Les communes sont confrontées de nos jours à l'incivisme fiscal. Que faites-vous, au niveau de la commune 3 pour amener les populations à payer leurs taxes et leurs impôts ?
I A K : En ce qui concerne l'incivisme fiscal qui, date, selon moi de la fin de la conférence nationale, il constitue de nos jours une triste réalité. Avant cette date, le prélèvement se fait à la source, pour les fonctionnaires et les agents des sociétés privées. Mais depuis la fin de la conférence on a voulu tester le degré de patriotisme et de civisme des uns et des autres ; si bien qu'il leur a été laissé tout loisir d'aller eux-mêmes s'acquêter de ce devoir. Quant à la population, ce sont les chefs de quartiers en tant qu'intermédiaires qui étaient chargés de recouvrer ces taxes. Habituellement nous procédons par la sensibilisation pour amener les populations à comprendre l'intérêt de payer la voirie, Mais devant l'ampleur du phénomène nous avions trouvé une astuce qui marche bien, même si, elle est contraignante.
En fait nous avions placé des quitanciers au niveau des commissariats de police, pour que tout citoyen qui s'y présente pour demander une carte d'identité ; ou une légalisation, puisse présenter d'abord son papier d'acquittement de taxe avant de bénéficier de la prestation. Dans le cas échéant l'intéressé est tenu d'abord de s'acquitter de ses taxes. En poursuivant le même objectif il nous arrive de suspendre momentanément le salaire de certains chefs de quartiers jusqu'à ce qu'ils atteignent un certain seuil. Au niveau de la commune 3, tous les agents à commencer par moi, se sont acquittés de leurs taxes de voiries. C'est peut être des méthodes coloniales, mais nous pensons qu'avant de réclamer ses droits, il faut d'abord s'acquitter des ses devoirs. C'est comme ça que nous avançons mais en insistant toujours sur la sensibilisation, car c'est avec ces ressources que nous payons régulièrement le carburant pour procéder au ramassage des ordures.
Le capital : Avez-vous constaté une amélioration après ces opérations ?
I A K : il y a eu une nette amélioration. Pour cela je profite de l'occasion pour féliciter toute la population de la commune 3, les chefs de quartiers, les agents de recouvrement, c'est à dire les collecteurs de taxes pour leur mobilisation.
Le capital : Après les inondations qui ont fait des sinistrés dans plusieurs quartiers de Niamey, dont les vôtres, avez- vous apporté votre soutien à ces populations vulnérables ? Si oui en quoi faisant ?
I A K : bien sûr que oui, car nous sommes là pour veiller à la sécurité des populations et à leur bien- être. C'est pourquoi dès les premières heures qui ont suivi ces inondations, le gouverneur de la région de Niamey a constitué un staff qui s'est transporté sur les lieux, en l'occurrence à la commune V qui est la plus touchée. Après plusieurs réunions nous avions pu appréhender tous les contours du problème, non pas seulement au niveau de la commune V mais au niveau de toutes les communes de Niamey. Ceci nous a amené à constituer des équipes qui ont évalué les dégâts concernant notamment les espaces cultivables (rizières, champs, jardins), les maisons effondrées, d'autres matériels, et même les pertes en vie humaine. Chaque équipe a eu la charge de déplacer et de recaser les populations sinistrées dans les écoles en attendant de trouver une solution définitive. En effet, nous avions lancé des SOS tant au plan national qu'international pour solliciter des appuis et voir dans quelle mesure nous pouvons recaser définitivement ces populations sinistrées loin des zones inondables ou inondées. Mais d'ici là, nous n'allons pas croiser les bras. Actuellement des vivres, des moustiquaires, des couvertures ainsi que des savons sont en train d'être distribués gratuitement à ces populations.
Le capital : Comment se passe la distribution de ces vivres sur le terrain ?
I A K : ça se passe bien, parce que d'abord il y a eu en amont un recensement des sinistrés ; Ensuite des centres de distributions ont été ciblés et ravitaillés en stocks de céréales (Maïs, sorgho). Et enfin pour faciliter les opérations de distribution des équipes ont été chargées de confectionner des tickets sur lesquels il est inscrit : le nom de la commune, le numéro d'ordre du recensement, les noms et prénoms du récipiendaire, le nom du quartier et les signatures de l'agent coordonnateur et de celui qui est responsable du centre de distribution avec le cachet de la commune. Lorsque la personne se présente au centre, avec son ticket, on vérifie son nom sur la liste et on prend ses empruntes avant de lui délivrer un petit bon pour qu'il se présente au magasin où il recevra son produit. La police nous assiste dans cette opération. Donc, tout se passe bien.
Le capital : A l'instar des autres communes de Niamey, la vôtre s'est dotée d'un guichet unique. Comment fonctionne ce guichet depuis son installation ?
I A K : les guichets uniques sont intervenus dans nos communes à travers la coopération décentralisée. C'est l'Association Internationale des Maires Francophones (AIM) qui nous aide dans ce sens à travers son volet : bonne gouvernance locale. Ce guichet a pour rôle essentiel, de recevoir les administrés de la commune pour les orienter vers les services dont ils ont besoin. Il y a des responsables au niveau de ces guichets qui donnent les renseignements nécessaires au public. Selon la nature des informations recherchées par le visiteur, l'agent du guichet l'oriente vers un service compétent de la commune. Cela empêchera aux gens de venir encombrer le bureau du maire ou du secrétaire général. Mais nous sommes à la phase expérimentale et nous continuons de sensibiliser les populations. On peut déjà parler d'un progrès sensible car chaque matin les habitants prennent d'assaut ce guichet, ne serait- ce que par curiosité. Quant aux agents, ils se déploient chaque jour pour satisfaire le public qui vient de trouver une véritable voie d'accès aux services communaux. En effet, avant l'avènement de ces guichets, beaucoup de gens ignorent la coexistence à la mairie des services communaux qui sont propres aux municipalités et les services déconcentrés de l'Etat. Pour chercher par exemple des conseils sur la plantation d'arbre ou sur les semences, on n'a pas besoin d'aller jusqu'au Ministère de l'Agriculture, car la mairie dispose d'un service analogue. Donc je peux dire que le guichet unique de la commune 3 fonctionne à merveille au bonheur de tous.
Interview réalisée par : Diaouga Hamani
08 septembre 2010
Publié le 07 septembre 2010
Source : Le Capital
































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