“Avec l’abondance des pluies, nous avons enregistré une crue de la Sirba ayant occasionné des inondations de plusieurs localités”
Géographiquement, il est limité à l’Est par le département de Kollo, à l’Ouest par le Burkina Faso et le département de Téra, au Sud par le Bénin et au Nord par le département de Kollo et la communauté urbaine de Niamey. Avec la décentralisation, le département est subdivisé en cinq communes à savoir la commune urbaine de Say, les communes rurales de Torodi, Tamou, Guéladjo et la commune rurale de Makalondi qui n’est pas encore installée.
Monsieur le Préfet, parlez-nous des activités socio-économiques des populations de votre département.
Les activités principales des populations de Say sont l’élevage et l’agriculture. En ce qui concerne l’agriculture, nous avons l’agriculture traditionnelle de la saison des pluies et les cultures de contre-saison, et les cultures irriguées. Vous savez que le département de Say est traversé sur une longue distance par le fleuve Niger et dispose de plusieurs affluents. Les populations s’y adonnent allègrement parce qu’ils ont l’avantage de disposer de ces eaux du Fleuve Niger. Malheureusement, comme vous l’avez constaté de vous-même, une importante partie de ces cultures pratiquées au bord du fleuve sont anéanties du fait de l’inondation survenue tout au long de ce cours d’eau. En ce qui concerne l’élevage, je vous rappelle que Say est une zone pastorale par excellence. Le département a la particularité d’abriter une grande partie du Parc du W qui reçoit le cheptel de toute la bande ouest de notre pays et même celui de nos voisins avec lesquels nous partageons le Parc. Cette année, avant les grandes pluies et à cause de la sécheresse, nous avons enregistré une grande affluence de bétail dans la zone. Cela nous a amenés à prendre aussitôt des dispositions pour mieux les contenir afin d’éviter la catastrophe, l’hécatombe des animaux
Le département de Say, comme vous l’avez dit, est une zone essentiellement agropastorale. La cohabitation entre les agriculteurs et les éleveurs est souvent conflictuelle, qu’en est-il cette année ?
Effectivement, le département est une zone à risque. Les conflits entre les deux communautés ont de tout temps été une préoccupation pour les autorités administratives et nationales à l’approche, pendant et après la saison des pluies. Connaissant déjà la zone où les conflits sont récurrents, nous avons anticipé et pris des dispositions. Il faut dire qu’avant même le début de la saison, nous avons, à notre niveau, pris l’initiative de rassembler les ‘’Rougga’’ qui sont les principaux leaders des éleveurs pour discuter avec eux de ce problème. Nous les avons sensibilisés et nous leur avons prodigué les conseils d’usage. Pour éviter ces conflits, nous avons demandé et obtenu du gouvernement l’ouverture d’une enclave de 25000 ha au sein du Parc du W. Cet espace a servi à parquer le cheptel pour, d’une part assurer le pâturage et de l’autre le garder hors des champs de cultures. Cela a permis aux agriculteurs de vaquer à leurs occupations sans être inquiétés par les mouvements des éleveurs et des animaux qui, à la recherche du pâturage, traversent les zones agricoles. Ce mouvement est en réalité l’une des causes principales des conflits. Nous nous réjouissons aujourd’hui d’avoir réussi à éviter jusque-là les conflits. Nous comptons également procéder de la même manière à la fin de la saison, au moment des récoltes. Nous allons demander que cette enclave soit ouverte pour une période d’un mois afin d’y garder les animaux jusqu’à la fin des travaux champêtres. Je pense que cela nous évitera les conflits traditionnels que l’on connaît en cette période de l’année dans la zone. Nous estimons que, si jusque-là aucun conflit n’a éclaté à Say, il n’y en aura plus, si Dieu le veut, parce que nous allons poursuivre ce genre d’initiatives afin de garantir la sécurité des populations, de leurs productions agricoles et de leur cheptel
Vous évoquiez tantôt le phénomène de l’inondation survenue au bord du fleuve. Parlez-nous un peu des conséquences de cette inondation sur la vie des populations.
Effectivement cette année, avec l’abondance des pluies, nous avons enregistré une crue de la Sirba ayant occasionné des inondations de plusieurs localités, dans le poste administratif de Torodi. Cinq villages ont été inondés. Mais c’est particulièrement dans le village de Bossaré qu’il y a eu le plus de dégâts matériels, avec une l’effondrement d’une trentaine de maisons. Heureusement, il n’y a pas eu de perte en vie humaine. Il faut souligner qu’on ne peut pas accéder au lieu, du fait que les eaux ne se sont pas encore retirées. Nous avons déployé les Forces de Défense et de Sécurité. Mais toutes le routes sont impraticables. Nous attendons que les eaux se retirent pour aller constater de visu ce qui s’est réellement passé, faire une évaluation des dégâts et voir quelles aides apporter à ces populations là. C’est la première catastrophe qu’on ait connue. Ensuite, s’en est suivi le débordement du fleuve Niger et c’est toujours le même scénario de catastrophe: Les mêmes eaux de la Sirba sont venues alimenter le fleuve et donc ça a débordé du côté de Dalway (Say) où des cultures ont été inondées. Le ministre de l’Intérieur s’est même déplacé pour se rendre sur les lieux et évaluer l’ampleur des dégâts. Nous avons procédé à un recensement qui nous a permis d’enregistrer 130 familles victimes. Vu que le nombre minimum par ménage est de sept personnes, vous voyez l’ampleur des dégâts. Nous avons fait un rapport que nous avons envoyé au ministre de l’Intérieur. Nous avons formulé une requête pour pouvoir obtenir des moto pompes. Le ministre a promis d’apporter son aide, de rendre compte à qui de droit, et il a fait un geste symbolique à l’endroit des sinistrés, séance tenante. Les aides vont bientôt arriver aux populations.
La montée spectaculaire au niveau de la digue qui protège la ville de Say inquiète. Cela n’est pas arrivé depuis des longues années que d’aucuns situent à plus de soixante ans. Nous sommes aux aguets à ce sujet, et avons sollicité le ministre qui a promis de nous aider pour que les eaux ne puissent pas dépasser la digue. Si les eaux débordent, c’est toute la ville qui est menacée. D’ailleurs, même pour la zone de Dalway, nous avons demandé qu’une digue soit construite pour mettre les cultures définitivement à l’abri, parce que c’est des cultures sur lesquelles comptent les populations riveraines du fleuve. Sur le plan sanitaire, il est évident que lorsqu’il y a une inondation, cela affecte aussi les puits en y drainant des saletés. Pour le moment, aucun cas de maladies hydriques ne nous a été rapporté, mais il faut quand bien même rester vigilant et prêts à réagir à l’éventualité.
Que faut-il retenir de la campagne agricole de cette année dans le département de Say ?
De façon générale, on peut dire que la situation est satisfaisante. La campagne s’est installée sur l’ensemble du département, bien que l’installation soit plus ou moins tardive d’un endroit à un autre. Il y a des localités où les champs sont déjà dans la phase de l’épiaison. Mais nous pensons que si la tendance actuelle des pluies et leur régularité se maintiennent, la campagne sera bonne. Il n’y a pas quelque chose de particulier dans le département. Tout se passe normalement, en dépit du retard d’arrivée de la pluie dans certaines zones. Mais la pluie continue de tomber. Voilà pourquoi nous fondons espoir quant à une bonne saison agricole.
Quels sont les problèmes particuliers rencontrés par votre département et les communes qui le composent ?
De façon générale, quand nous sommes arrivés, il y avait quelques problèmes. C’est évident. Dans le domaine de la mobilisation des ressources par exemple, il faut dire que les populations ne payaient pas les impôts ou les taxes. Nous avons pu constater par exemple que la commune de Guéladjo n’avait que 50 000 francs dans ses caisses, avec 12 mois d’arriérés de salaire. La commune de Tamou ne disposait pas de plus de 200 000 francs. Il fallait donc s’attaquer à ce problème. C’est ce que nous avons fait en identifiant les causes. Ensuite nous avons cherché des solutions. Je puis vous assurer qu’aujourd’hui, ces communes ont retrouvé le souffle. Tamou ne disposerait pas de moins de 14 000 000 de francs, tandis que Guéladjo doit avoir 5 000 000 de francs. On peut dire qu’on a pu relancer ces communes. Nous avons aussi trouvé quelques problèmes d’antagonisme entre certains acteurs et nous les avons résolus. Notre objectif est d’atteindre un niveau appréciable de développement et faire en sorte que ceux qui vont reprendre les rênes de ces entités trouvent que du travail a été fait pendant la Transition et qu’ils doivent le pérenniser pour le bien-être de leurs populations.
Au niveau des infrastructures, nous avons de problèmes, mais on ne peut pas tout faire à la fois. C’est notamment le problème lié aux routes et pistes rurales pour relier les villages et les communes. On a eu quand même la chance d’avoir obtenu la route Say - Tapoa longue d’une centaine de kilomètres. Pour la santé et l’éducation, nous avons une très bonne couverture.
Au niveau du département, nous avons un problème sérieux de locaux. Vous avez de vous-même remarqué l’état de la préfecture. C’est un bâtiment qui date de 1901 et menace de céder. La dernière fois, j’ai fait visiter le bâtiment, en état de dégradation très avancée, et qui peut s’effondrer à tout moment, au le ministre de lIintérieur. D’ailleurs, quand il pleut, nous sommes obligés d’évacuer les lieux. J’ai fait une demande pour que le bâtiment du projet PAC nous soit rétrocédé afin
d’abriter les services de la préfecture. L’accord a été donné par le ministre de l’Intérieur. Le seul problème auquel on est confronté depuis deux mois, c’est le transfert du compteur électrique. La NIGELEC s’obstine à dire que le compteur appartient au projet et que c’est seulement le bâtiment qui est cédé à l’Etat. Nous ne comprenons rien du tout de cette attitude. Si quelque chose arrivait pendant qu’on est encore dans ces bureaux–ci, je pense que la NIGELEC endossera la responsabilité morale, parce qu’on ne peut pas comprendre qu’un bâtiment soit cédé à l’Etat et non le compteur qui appartient à la société qui est étatique elle-même.
Propos recueillis par
Sani Soulé Manzo et Zabeirou Moussa
30 août 2010
Publié le 30 août 2010
Source : Le Sahel

































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