Il y a eu en effet déblocage, mais pas dans le sens où nous l’avons espéré. L’histoire est longue, mais je vous ferai ici un bref rappel. En effet, à la suite de la décision des autorités béninoises de dédouaner notre importation d’huile, il y a eu plusieurs consultations.
« Nous nous réjouissons du fait que les autorités nous consultent et nous associent dans cette démarche visant à stabiliser les prix »
D’abord, nous avons informé nos autorités. Elles ont à leur tour saisi leurs homologues béninoises. Il y a eu des missions de part et d’autre ; même les deux Chefs d’Etat se sont rencontrés et ont échangé sur la question. Mais on n’a pas réussi à faire revenir les autorités béninoises sur leur décision. Face à cette situation, le gouvernement a demandé aux importateurs nigériens de dédouaner leurs marchandises et de les faire rentrer au pays.
Et vous avez pu sortir ces marchandises sans encombre ?
Pas du tout. En plus du dédouanement, nous avons eu à faire face à plusieurs autres difficultés. Nous avons d’abord eu à gérer les difficultés avec nos fournisseurs, ensuite avec la banque qui nous paye la garantie. En effet, si le délai accordé à l’importateur expire, la banque règle le fournisseur et commence à appliquer ses taux. La banque ne tient aucunement compte du blocage de la marchandise et c’est le commerçant qui supportera les pertes. Il y a aussi, les frais d’entreposage qui ne font que monter chaque jour de plus que la marchandise passe dans les entrepôts. Enfin, il y a des difficultés intérieures avec ceux que nous ravitaillons.
Est-ce que le gouvernement a songé à faire un geste pour vous alléger toutes ces difficultés ?
Dieu merci, les autorités nous ont compris et ont fait un geste. En effet, le gouvernement a décidé de nous faire une réduction de l’ordre de 50% sur la taxe spéciale sur l’huile. C’est la contribution du gouvernement pour qu’il n’y ait pas pénurie d’huile et donc flambée des prix sur le marché. Nous lui en sommes reconnaissants et les populations avec nous certainement.
Mais alors comment seront vos futures relations avec le Port de Cotonou ?
Nous allons changer de port de transit, puisqu’il en existe plusieurs dans la sous-région. D’ores et déjà, une mission composée des représentants du gouvernement, de ceux de la Chambre de Commerce et des délégués des commerçants a sillonné les pays portuaires. Elle s’est notamment rendue à Abidjan (RCI), à Lomé (Togo), et Tema (Ghana) pour échanger avec les autorités portuaires. Nous sommes donc entrain de réfléchir pour convenir ensemble des dispositions à prendre pour diriger nos marchandises vers ces ports. Le gouvernement, la Chambre de Commerce et les syndicats des commerçants ont demandé à tous les importateurs de transférer leurs marchandises importées au niveau de ces ports identifiés. Nous sommes entrain d’évacuer nos marchandises déjà arrivées à Cotonou, mais il n’y aura plus de nouveaux arrivages. Tu ne peux pas dédouaner deux fois la même marchandise. Dans ces conditions, on n’a même pas besoin de demander à un importateur de changer de port, cela s’impose à lui.
Vu que Cotonou est le port le plus proche, est-ce que ce ‘’déménagement’’ ne va pas vous coûter plus cher, en termes de frais de transport?
Il est vrai que le port de Cotonou est le plus proche pour nous. Mais s’il faut dédouaner deux fois la même marchandise, il vaut mieux aller dans un autre port ; car un seul conteneur vous reviendra à plus de deux (2) millions de francs CFA. A cela il faut ajouter les pénalités liées à l’entreposage. En outre, si tu dédouanes une marchandise au Bénin, le gouvernement béninois ne suivra plus tes marchandises, puisque tu es libre de les vendre au Bénin ou ailleurs. Par ailleurs, pour dédouaner une marchandise là-bas, il te faut un NIF du Bénin. Et si donc tu empruntes le NIF à quelqu’un, il peut dire que la marchandise lui appartient du point de vue de la loi. Vous voyez que c’est un grand risque que de dédouaner nos marchandises là-bas.
Cette situation intervient dans un contexte de crise alimentaire d’une part et d’autre part il y a le mois de ramadan, est-ce qu’il n’y aura pas un problème d’approvisionnement du pays en ces temps de fortes demandes ?
En ce qui nous concerne, nous commerçants, nous faisons de notre mieux pour qu’il n’ait pas de problème d’approvisionnement. Si ça ne tenait qu’à nous, je puis vous assurer qu’il n’y aura aucun problème d’approvisionnement. Le gouvernement de son côté fournit aussi de gros efforts. Nous espérons que cette campagne agricole sera très bonne et que notre pays sortira définitivement de cette situation difficile.
Pouvez-vous nous donner une idée de stock disponible, notamment en huile, et des quantités bloquées au port de Cotonou ?
Quand le problème a commencé, c’est plus de 700 conteneurs qui ont été bloqués à Cotonou, sans compter ceux qui étaient en route, mais qui ont été orientés vers d’autres ports. Il faut reconnaître qu’à un certain moment, les quantités disponibles ici sur place ont diminué. C’est ce qui explique la hausse des prix observée sur nos marchés. Mais tout rentrera bientôt dans l’ordre parce que nous sommes entrain de faire rentrer les stocks bloqués à Cotonou et ceux ayant transité par d’autres ports.
Et par rapport aux autres produits comme le riz, le sucre, le lait, la farine, est-ce qu’il y aura pas pénurie ?
Nous avons demandé au ministre du Commerce d’intercéder auprès du gouvernement en notre faveur. Nous espérons que le gouvernement accordera des exonérations à ceux qui veulent et peuvent importer des quantités importantes de ces produits. Le gouvernement a déjà fait un effort pour ce qui concerne l’huile bloquée à Cotonou. Il est évident qu’on ne peut pas demander au gouvernement d’accorder les exonérations à tout le monde et sur tous les produits. Nous savons et nous sommes conscients que l’Etat vit aussi de ces impôts et taxes. Nous demandons juste quelques facilités pour la durée du mois de Ramadan. S’il pouvait faire comme il l’a fait avec l’huile, ce serait génial et les citoyens auront ces produits à des prix raisonnables.
Le ministre du Commerce vous a justement rencontrés à ce propos. Sur quoi vous vous êtes entendus pour qu’il n’y ait pas une flambée des prix pendant le ramadan ?
Au cours de cette rencontre, le ministre du Commerce nous a indiqué qu’il a été chargé par le Chef de l’Etat, Président du Conseil Suprême Pour la Restauration de la Démocratie, le Général de Corps d’Armée Djibo Salou, pour échanger avec nous sur les dispositions à prendre ensemble pour stabiliser les prix pendant le mois du ramadan. Nous nous réjouissons du fait que les autorités nous consultent et nous associent dans cette démarche visant à stabiliser les prix. Ce qui nous a amené au sortir de cette rencontre à mettre en place un certain nombre de comités. Ces comités rencontreront les principaux importateurs et les principales structures des commerçants. Il y a un comité pour chacun des produits fortement consommés au cours de ces mois. Il s’agit du lait, du sucre, de la farine, l’huile et même sur la viande et les fruits et légumes. Nous nous retrouverons par la suite pour voire les conditions de mise en œuvre des propositions faites en vue de permettre à nos concitoyens d’accéder aux différents produits à des prix raisonnables ainsi que le souhaitent les autorités.
Ce que les gens craignent et peut être même les autorités, c’est de voir les commerçants refuser de mettre en œuvre les mesures convenues et cela en dépit des facilités que le gouvernement leur aura accordées.
C’est pour éviter justement cela que nous avons mis en place ces différents comités. Ils sensibiliseront tous les acteurs sur les mesures convenues ensemble. Nous avons aussi demandé au Ministère du Commerce de mener des opérations de contrôle des prix, notamment auprès des gros commerçants, surtout ceux qui ont bénéficié des exonérations dans le cadre de cette opération. S’il arrive que quelqu’un a bénéficié des exonérations et qu’il ne respecte pas les prix convenus, le gouvernement est libre de prendre les mesures qui s’imposent à l’encontre de tous ceux qui ne respectent pas les accords. Mais le gouvernement doit faire un pas et il verra que nous le suivrons.
Si vous avez un dernier mot….
Nous nous félicitons une fois encore du fait les autorités nous consultent et nous associent dans la prise des mesures de ce genre. Je tiens aussi à lancer un appel à leur endroit pour soutenir davantage les activités commerciales. En effet, les recettes fiscales constituent une part importante des ressources internes mobilisées par l’Etat. C’est dire que les commerçants apportent une contribution inestimable au développement de notre pays. Enfin, à l’endroit de mes collègues commerçants, j’aimerai leur rappeler que tout celui qui fait un geste pour alléger les souffrances des populations à l’occasion de ce mois béni aura sa récompense divine. Par ailleurs chacun d’entre nous, petit comme grand, peut contribuer à cette opération. Il suffit de ne pas chercher à avoir des bénéfices faramineux et de penser aux autres, au pays tout simplement.
Réalisée par
Siradji Sanda
18 août 2010
Publie le 18 août 2010
Source : Le Sahel

































énigrer le...
C'est plutôt inexplicable...Bien sûr il va falloir passer par d'autres ports. Mais avec des comportements de ce genre, ce n'est pas demain qu'une vraie coopération économique existera.