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Vendredi, 10 Fév 2012
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Invité ; Général de Brigade Abdou Kaza, ministre de l’Eau, de l’Environnement et de la Lutte contre la Désertification

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Général de Brigade Abdou Kaza
Monsieur le ministre de l’Eau, de l’Environnement et de la Lutte contre la Désertification, le Niger est-il candidat pour abriter le siège de l’Agence panafricaine de la « Grande Muraille Verte » qui a été créée le 18 juin 2010 à N’Djaména ?

«Au niveau de notre pays, la Grande Muraille Verte (…) traversera les régions de Tillabéry, Dosso, Tahoua, Agadez, Maradi, Zinder et Diffa dans la zone comprise entre les isohyètes 100 et 400 mm»

 

Merci de cette occasion que vous nous donnez de parler de cette importante initiative de la Grande Muraille Verte. Comme vous le savez, notre pays le Niger est sur la ligne de front en matière de désertification et à ce titre, il est appelé à jouer un rôle de premier plan dans le cadre de la recherche des voies et moyens pour contenir, voire inverser la tendance actuelle de dégradation des ressources naturelles de la région sahélo-saharienne en général, et au Niger en particulier. Cette initiative, que notre pays a ardemment soutenue depuis son démarrage et dont il a activement pris part à toutes les étapes de son évolution, vient de connaître son épilogue avec la mise en place de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte. Il est donc tout à fait légitime que notre pays, un des pionniers, continue à jouer un rôle de premier plan. Pour ce qui est de la candidature de notre pays, nous aviserons le moment venu.

Quel sera le tracé de la GMV au Niger ?

Le concept de la Grande Muraille Verte définit cette dernière comme étant une bande de plantation d’arbres de 7 000 km de long allant de Dakar à Djibouti, en passant par le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Soudan, l’Ethiopie, l’Erythrée et Djibouti. Cette bande, d’une

largeur moyenne de 15 km, sera installée entre les isohyètes 100 et 400 mm. Au niveau de notre pays, la Grande Muraille Verte couvrira les zones sahélienne et sahélo-soudanienne. En terme clair, elle traversera les régions de Tillabéry, Dosso, Tahoua, Agadez, Maradi, Zinder et Diffa dans la zone comprise entre les isohyètes 100 et 400 mm.

Qu’est-ce qui explique l’absence de pays ayant le désert en commun comme l’Algérie, la Libye ou le Maroc, d’un projet panafricain aussi vital que la ‘’Grande Muraille Verte’’?

Je crois que vous avez parfaitement raison de poser cette question. En effet, il faut rappeler que l’initiative de la Grande Muraille Verte a été proposée par l’ancien Président de la République Fédérale du Nigeria, son Excellence Olusegun Obasanjo, et adoptée initialement par la 7ème Conférence des Leader et Chefs d’État de la Communauté Sahélo-Saharienne (CEN-SAD) tenue à Ouagadougou, au Burkina-Faso, en juin 2005 et, plus tard, par le 5ème Sommet ordinaire de l’Union Africaine tenu en juillet 2005 à Syrte, en Libye. Donc, comme vous le voyez, il s’agit bien d’une initiative purement africaine et que les pays de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) sont partie prenante de cette initiative. Cependant, les critères qui président au tracé de la Grande Muraille Verte limitent la zone d’intervention pour l’instant aux onze pays que j’ai cités plus haut. II n’en demeure pas moins que pour ce qui est de notre cas, nous ne manquerons pas de faire recours à l’expertise et à l’appui financier de ces pays de l’Union du Maghreb Arabe pour développer des projets. Vous savez par ailleurs que la Libye et l’Algérie ont une grande expérience en matière de création de bandes vertes.

Le Président sénégalais Abdoulaye Wade estime que les pays forestiers d’Afrique doivent aider ceux riverains du Sahara à édifier la ‘’Grande Muraille Verte’’ au risque d’être eux-mêmes envahis par le désert : quelle forme pourrait prendre, selon vous, cette aide ?

Le Président Wade est un grand visionnaire et je pense que son idée est parfaitement justifiée, car aucun pays africain ne pourra à lui seul faire face aux problèmes de désertification, de dégradation des terres et de changements climatiques qui sont des problèmes dont les effets transcendent les frontières et nécessitent la mise en commun des ressources et une solidarité plus accrue. D’ailleurs, les pays africains, dans le cadre de la mise en œuvre des trois conventions (changements climatiques, biodiversité et désertification) ont particulièrement insisté au niveau de la Conférence des Ministres Africains de l’Environnement (CMAE) sur la nécessité de faire jouer la solidarité sud-sud, mais aussi la solidarité inter régionale dans le cadre plus particulier des organisations sous-régionales telles que la CEDEAO, la CEMAC, UEMOA.

Pour donner des chances de succès aux politiques environnementales, le Président sénégalais–qui est Coordonnateur du volet Environnement du NEPAD-estime qu’il faut dissoudre des institutions comme la CBLT par exemple, puisque la superficie du lac Tchad est tombée de 25.000 à 2.500 km2 : qu’en pensez-vous ?

Vous savez, le souci majeur qui anime le Président Wade, c’est de voir toutes les organisations de développement, qu’elles soient régionales ou sous-régionales, développer des actions concrètes de terrain pour prendre en charge les problèmes de dégradation des terres et de désertification qui assaillent notre région. Et je pense qu’à ce niveau, nous devons plutôt saluer les efforts actuellement déployés par la CBLT pour prendre en charge les problèmes que j’énonçais tantôt. La CBLT est actuellement en pleine restructuration et des programmes de très grande importance sont actuellement en cours de préparation ; je vous citerais par exemple le projet de transfert des eaux de l’Oubangui-Chari dans le Lac Tchad.

Vous avez effectué une série de missions en Uruguay, au Mali, etc. Quelles sont, pour notre pays, les retombées de ces déplacements ?

En effet, du 24 au 28 mai dernier, j’ai pris part à la 4ème Assemblée Générale du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) à Punta Del Este en Uruguay. L’Assemblée générale a eu à approuver le budget alloué à la phase 5 du FEM. Notre pays a ainsi pu bénéficier d’une allocation de ressources à hauteur de 6.88 millions de dollars des Etats-Unis, et nous sommes déjà à pied d’œuvre pour engager le processus de mobilisation de ces fonds. Il faut dire que ce montant peut évoluer à la hausse puisque notre pays fait partie des pays qui jouissent de la flexibilité du fonds FEM. Par ailleurs, du 21 au 25 juin 2010, j’ai pris part à la 13ème Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE) tenue à Bamako au Mali. En marge de cette rencontre, mes collègues du Mali, de la Mauritanie et moi-même, avons convenu de lancer un Programme Régional de Boisement/ Reboisement en vue d’une gestion durable de nos espaces forestiers face aux changements climatiques. L’objectif principal recherché est la promotion d’une alliance régionale au sein de notre espace commun pour la mobilisation des ressources disponibles au plan international dans le domaine des changements climatiques. Cette rencontre a débouché sur l’adoption d’une résolution entre nos trois pays. Le programme régional, objet de ladite résolution, porte sur une superficie de cent mille (100 000) hectares répartis comme suit : 50 000 hectares pour le Mali, 30 000 hectares pour le Niger et 20 000 hectares pour la Mauritanie.

Le désensablement du fleuve Niger et la protection de ses berges sont à l’ordre du jour : quels sont les résultats attendus de ces deux opérations ?

Je vous remercie de l’occasion que vous m’offrez de parler de cette opération qui a fait couler pas mal d’encre déjà et qui est encore au stade de préparation avancée parce que les travaux proprement dits n’ont pas encore commencé. Il s’avère particulièrement important que nous prenions les dispositions pour travailler le long du fleuve et à l’intérieur du fleuve pour désensabler et éviter que nous connaissions des difficultés autres que celles que nous voulons résoudre par rapport à la dégradation de l’environnement, autour et à l’intérieur du fleuve. Donc, ce dont vous parlez est un programme que nous avons trouvé, qui avait été envisagé depuis 2009, mais qui a nécessité quelques études techniques en vue de savoir exactement comment entreprendre ces travaux-là, afin d’éviter des déconvenues parce qu’il y a des facteurs importants à prendre en compte, comme l’écologie, pour ne pas créer des déséquilibres importants.

Monsieur le ministre, est-ce que ces travaux vont concerner les 550 kilomètres du parcours du fleuve Niger dans notre pays ?

Ces travaux devraient même normalement concerner l’ensemble du parcours du fleuve, de la source à l’embouchure parce que le phénomène que nous observons chez nous au Niger est également déploré tout le long de ce parcours.

Monsieur le ministre, vous rentrez d’une mission de Ouagadougou au Burkina Faso. Qu’est-ce qui explique l’intérêt que vos collègues et vous-même portez de la sorte à l’assainissement ?

Il s’agit d’une mission que les ministres chargés de l’Assainissement des 17 pays membres du CREPA, le Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement à faibles coûts, ont entreprise. Cette institution n’était pas très bien connue, mais elle fait des merveilles dans le domaine de l’assainissement, notamment en matière de recherches et de formation. Les 17 pays membres ont été représentés au sein de ce conseil des ministres : il y avait dix ministres et six autres représentés – ce qui veut dire que les pays membres ont bien compris l’importance de cette organisation en marquant ainsi leur intérêt pour l’assainissement, parce que l’assainissement est un facteur important pour l’amélioration du cadre de vie et de la santé des populations.  Au cours de cette rencontre, nous avons nommé un nouveau Directeur général et nous avons saisi l’opportunité pour féliciter le DG sortant et son équipe qui ont fait un bon travail, et grâce auxquels le CREPA se porte bien aujourd’hui.  Autre décision prise lors de cette rencontre : le Conseil des ministres a fait honneur au Niger : il m’a fait l’honneur et la confiance de me désigner comme président du Conseil des ministres. J’assume donc dorénavant et pendant trois ans, la présidence en exercice du Conseil des ministres. Je profite donc de l’occasion que vous m’offrez pour remercier mes collègues membres du CREPA qui m’ont fait honneur, qui ont fait honneur à mon pays.

Réalisée par Sani Soulé  Manzo

24 juillet 2010
Publié le 23 juillet 2010
Source : Sahel Dimanche

Commentaires (1)

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Désert en amont, désert en aval, comment une muraille pourrait-elle tenir la route?

Dan Agadez
Dan Agadez , juillet 26, 2010

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