Monsieur le Coordonnateur, pouvez-vous nous présenter votre organisation? Le collectif de la société civile nigérienne est une organisation de la société civile qui regroupe en son sein une trentaine d'organisations qui interviennent dans beaucoup de domaines, entre autres de l'éducation,
l'environnement, le transport, le syndical, bref c'est en fait une organisation qui regroupe plusieurs sensibilités. Ce collectif est affilié au Front pour la République et la démocratie qui est l'un des quatre fronts qui ont fondé la CFDR qui a lutté contre le régime monarchiste de l'ex-Président. Voilà en ramassé la CSCN dans toutes ses composantes.«Force est de reconnaître que le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie a posé beaucoup d'actes qui méritent d'être salués»
Quelle est votre appréciation de cette période de transition ?
Force est de reconnaître que le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie a posé beaucoup d'actes qui méritent d'être salués. D'abord, lorsque les militaires ont pris le pouvoir, ils ont mis fin à un régime despotique. Les Nigériens étaient totalement soulagés. Nous avons vu aussi des actes concrets qui ont été posés par le CSRD. Le nouveau régime a immédiatement reconnu que notre pays traverse une crise alimentaire engendrée par la mauvaise campagne agricole de l'année précédente, et s'est aussitôt attelé à mobiliser la communauté internationale pour sauver des Nigériens, parce que vous n'êtes pas sans savoir que c'était un tabou pour l'ex-président de parler de famine, alors que beaucoup en souffraient. C'est dire combien l'acte posé par les militaires dans ce domaine est très salutaire. Un autre acte très important, c'est que les militaires ont pris l'engagement de ne pas se présenter comme candidats aux prochaines élections, et ils ont pris des ordonnances éliminant tous les membres du CSRD et des institutions de la transition, ainsi que les membres du gouvernement, les chefs traditionnels, les administrateurs et tous ceux qui sont capables de dénaturer le déroulement des élections qu'ils ont promis d'organiser de la façon la plus démocratique possible. S'ajoute également l'adoption de la loi portant dépénalisation des délits commis par voie de presse. Car rappelez-vous, dans l'ancien régime, beaucoup de journalistes ont été jetés en prison pour des délits de presse. Cet acte est également un réconfortant et à saluer. Il y a ensuite un autre acte qui, lui, relève du domaine diplomatique, c'est le fait d'avoir obtenu des autorités libyennes le transfert des Nigériens incarcérés dans les geôles libyennes, surtout le fait que ces autorités acceptent de livrer au Niger nos compatriotes détenus. C'est aussi un acte qui mérite d'être salué.
Mais à côté de tous ces actes posés par la junte militaire, il y a ce qu'il convient d'appeler quelques points de controverses et c'est ce qui justifie notre combat sur le terrain. Et nous avons décidé d'organiser une marche suivie de meeting pour contester un certain nombre d'erreurs que nous avons constatées tout au long du déroulement de cette période de transition. La première chose est relative à la question du code électoral discriminatoire, donc inacceptable, parce qu'il a mis 80% des Nigériens à l'écart. Ensuite, il y a la question relative à l'assainissement pour laquelle nous estimons que le Général de Corps d'Armée Djibo Salou a mis en place un comité chargé de la lutte contre la délinquance ; nous avons été choisi pour être membre, mais nous avons refusé de siéger parce nous n'avons pas la même démarche. D'abord, pour nous, la justice doit être au centre, et c'est à elle de décider du sort de chaque délinquant et on permet à ce délinquant de se défendre. Nous avons fait une proposition qui n'a pas été prise en compte. Nous avions dit qu'au lieu de créer cette commission, il faut plutôt créer un comité qui comprendra une trentaine de juges intègres qui vont juger tous ces délinquants en premier et dernier ressort, sans appel bien entendu. Cela est possible, et dans un bref délai. Nous avions dit qu'il fallait d'abord créer une commission qu'on va appeler ‘'Justice-Vérité-Réconciliation''. C'est en ce moment que la proposition du Général de Corps d'Armée Djibo Salou pourrait intervenir, surtout quand ils disent que leur intention n'est pas d'envoyer des gens en prison. C'est cette commission ‘'Justice -Vérité -Réconciliation'' qui doit faire des propositions, parce que, quelqu'un qui commet un délit ne doit pas rester impuni, parce que c'est à la justice de décider qui doit ou non aller en prison. C'était là notre proposition, mais ils sont partis créer une commission pompeuse.
La question des nominations est aussi une autre controverse que nous relevons. En outre, nous avons constaté un dernier dérapage relatif au budget arrêté par la CENI pour l'organisation des élections générales. Là, nous avons estimé que c'est trop, parce que le Niger est confronté à un problème de famine, et même la fête du cinquantenaire n'est pas opportune, quand on sait qu'il y a des gens qui meurent encore de faim. Ne peut-on pas éliminer le vote des Nigériens à l'extérieur parce que nous n'avons pas les moyens de le faire ? C'est leur droit, certes, mais la situation financière l'exige.
Vous vous êtes illustré dans la défense des droits des déguerpis de la ceinture verte. Quelle est la situation actuelle de ces derniers ?
Je vous rappelle que nous avons signé un protocole d'accord avec l'Etat du Niger et nous avons signé d'autres protocoles d'accord à l'intérieur des communes. D'emblée, l'Etat a dégagé trois sites qu'il a mis à la disposition des déguerpis : il n'y a le site de Kalley plateau II qui concerne les déguerpis de la commune II, celui de Kalley plateau III pour ceux de la III et Saga Gorou pour ceux de la commune IV. Parce que ce sont eux qui sont situés sur la bande verte communément appelés ceinture verte qui comprend environ 3500 chefs de famille soit environ 37000 personnes. Et je dois dire que la commune Niamey II a intégralement satisfait ses déguerpis. Concernant la commune N°4, il y a 1562 déguerpis et ils sont pratiquement à la fin de l'opération. Chaque déguerpi a eu une parcelle de 200 m2 moyennant le payement de 300 000 francs CFA plus 30 000 francs de frais de signature. Là où le bât blesse, c'est au niveau de la Commune Niamey 3 où l'Etat a mis à la disposition de ces déguerpis 875 parcelles, mais dont aucun déguerpi n'a bénéficié. Et cela parce que tout simplement ces parcelles ont été achetées par les dignitaires de l'ancien régime, et dans cette situation, la responsabilité des anciens responsables de la commune Niamey 3 est bien sûr engagée. Ce qui nous a amenés à traduire la commune Niamey III devant les juridictions compétentes. Aujourd'hui nous sommes au 4ème report. Et comme ils ont constaté qu'ils vont perdre le procès, c'est la commune qui dit qu'elle va traduire l'Etat en justice. Ils ont demandé une extension pour désintéresser ces déguerpis. Et l'Etat a répondu : ‘'Non ! On a mis trois (3) sites à votre disposition ; les deux autres communes ont satisfait leurs déguerpis, alors pourquoi pas vous ?''.
Tous les documents sont là et le conseil a ordonné au maire de désintéresser au plus vite ces déguerpis, ce qui n'a pas été le cas. Des individus ont acheté jusqu'à 20 parcelles et nous avons les documents. En ce qui concerne la commune Niamey 5, il s'agit d'une restructuration. Ce qui a été fait avec bien entendu un réaménagement, étant donné que ce sont des vieux quartiers.
Sur 500 familles, il ne reste qu'une centaine qui sont encore dans une cours d'école. Quant à la Commune Niamey I, en attendant que les populations soient définitivement installées, elles bénéficient d'un site provisoire à Bobiel. C'est véritablement la Commune Niamey III qui nous donne des problèmes avec la gestion du maire sortant, mais celui qui vient de prendre les commandes de cette entité, nous a donné l'assurance que si la justice tranche, il mettra les déguerpis dans leurs droits.
Que pensez-vous de la réinstitution de la journée continue ?
Avouons-le, le système de la journée continue est économiquement le meilleur système. Il permet aux travailleurs, qui n'ont plus qu'une seule descente, de mieux se concentrer sur leur travail. C'est important ! Ensuite, cela leur permet de vaquer, une fois revenu du travail, à des occupations personnelles. Mais il serait encore plus intéressant que les horaires soient revus. Avec des horaires, tels qu'ils sont fixés, on risque d'avoir les effets contraires à ceux escomptés. Alors, pour nous, la solution la plus rentable serait de ramener ces horaires à 7h 30 pour la rentrée et 16h 30 mm pour la descente.
Dubois Touraoua
16 juillet 2010
Publié le 16 juillet 2010
Source : http://www.lesahel.org/
































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