Quelle politique agricole l’Etat peut-il innover pour éviter ces déficits chroniques afin de sécuriser les populations contre l’insécurité alimentaire ?‘’ Il faudrait sécuriser la production en généralisant la pratique de l'irrigation, (…) au regard de l'importance du potentiel terre/eau dont dispose notre pays’’
En effet, dans un pays à économie essentiellement agro-pastorale comme le nôtre, la rareté des pluies et leur mauvaise répartition dans l’espace et dans le temps, exacerbées par le changement climatique de ces dernières années, représentent une grave entrave au développement. C’est conscientes de cette situation que les autorités en charge du secteur agricole ont élaboré un document de stratégie pour améliorer la production et éviter ainsi la récurrence des crises alimentaires. Cette politique d'amélioration de la production agricole vise l'intensification des cultures pluviales et irriguées et la construction d’ouvrages de mobilisation des eaux, à savoir les barrages, les seuils d’épandage et les ouvrages anti-érosifs. En outre, nous avons plusieurs programmes au sein de la Stratégie de Développement Rural, notamment le Programme d'Investissement Agricole (PNIA) adopté par l'Etat du Niger et les Partenaires Techniques et Financiers en septembre 2009 lors de la table-ronde; l’aménagement des terres neuves et la réhabilitation des aménagements hydro agricoles existants afin d'améliorer la production et la productivité, sont autant de facteurs qui peuvent concourir au combat contre l’insécurité alimentaire. A ce niveau, il faut préciser qu’actuellement, sur un potentiel de 270 mille hectares de terres irrigables, 100 mille hectares sont aménagés, avec un taux de mise en valeur de l'ordre de 85%. Sur ces 100 mille hectares aménagés, les périmètres encadrés par l'Office National des Aménagements Hydrogricoles (ONAHA), soit 14000 hectares, sont à maîtrise totale d'eau ; 18 mille hectares sont des petites irrigations individuelles ou collectives et 68 mille hectares sont des périmètres de contre-saison, avec des aménagements sommaires et de décrue autour des petits barrages et seuils d'épandage réalisés par l’Etat ou avec l'appui des partenaires techniques et financiers. A travers ces programmes, il s’agit aussi d’améliorer la collecte des eaux de ruissellement par l'intensification des travaux de CES/DRS et la construction des retenues d'eau.
Par ailleurs, l'innovation pour éviter la récurrence des crises alimentaires, consisterait à subventionner l'agriculture et à garantir le prix aux producteurs. En outre, il faudrait sécuriser la production en généralisant la pratique de l'irrigation partout où les conditions le permettent au regard de l'importance du potentiel terre/eau dont dispose le Niger. Pour cela, il faut régler les problèmes fonciers en clarifiant le mode d'accès pour les investisseurs nationaux, vulgariser et fournir les intrants aux producteurs, tout en les sensibilisant sur les variétés des cultures adaptées, et intensifier l'arboriculture; moderniser et mécaniser notre agriculture tout en encourageant la construction des fermes agro pastorales sur l'ensemble du pays ; améliorer la disponibilité et l'accessibilité aux intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires).
Monsieur le ministre, où en est-on avec la politique nationale concernant l’irrigation ?
C’est compte tenu des déficits céréaliers permanents suite aux mauvaises campagnes pluviométriques, que l’Etat a repensé la politique agricole nigérienne en introduisant dans ses priorités l’irrigation comme palliatif. A ce propos, je rappelle que la Stratégie de Développement Rural dispose d'un programme prioritaire dénommé ‘’programme 11 : Programme de Lutte Contre l'Insécurité Alimentaire par le Développement de l'Irrigation, PLIADI’’, et d’un sous programme sectoriel, à savoir le ‘’sous programme 4.1 : infrastructures hydro agricoles, SNDI/CER. Mais depuis la Conférence de Doha, organisée en 2007, aucun de ces programmes et sous programmes n'a véritablement connu de mise en œuvre. C’est un programme globalement évalué à 147 milliards 818 millions 615 mille 300 Francs CFA et qui prévoit l'aménagement et l'équipement de 17 mille 911 hectares pour les fermes agricoles, 5729 hectares pour les fermes d'élevage et 11 mille 398 hectares pour les fermes agro-pastorales, intégrant agriculture et élevage. Actuellement, la Direction générale du Génie Rural a élaboré un programme de construction de fermes agro sylvo-pastorales sur l'ensemble du pays, divisé en quatre zones. D’un coût global de 40 milliards 409 millions 883 mille 544 Francs CFA, ce programme concerne la réalisation de 468 fermes ainsi que des équipements divers pour son bureau à Niamey afin de faciliter sa mise en oeuvre. Ce bureau, ouvert depuis près d'un an, n'a pas encore démarré le financement du programme. Un projet pilote a été ficelé, mais il reste la mise en place des fonds pour démarrer la construction de la première ferme agricole dans le département de Say, Région de Tillabéry. Avec la coopération Belge, un projet est mis en oeuvre depuis 2008 (PDIT). Ses interventions sont en cours dans la région de Tillabéry où 4 départements sont touchés : Tillabéry, Téra, Say et Kollo.
Pour ce qui est du sous programme 4.1 que j’ai mentionné tantôt et qui concerne les infrastructures hydro agricoles, il a fait l'objet d'une stratégie sous sectorielle intitulée «Stratégie Nationale de l'Irrigation et la Collecte des Eaux de Ruissellement. Dans ce cadre, beaucoup d'activités ont été réalisées par l'Etat, avec l'appui des Partenaires au développement. En effet, plusieurs projets contribuent à la mise en oeuvre de ce sous programme dont les réalisations annuelles sont estimées à plus de 1000 ha d'aménagements neufs, la construction en moyenne de 10 seuils et barrages, et la réhabilitation de 200 à 300 ha de périmètres. Nous pouvons citer entre autres, le Projet de Valorisation des Eaux dans les régions de Dosso et Tillabéri ; le Projet d'Appui au Développement Local de Diffa; Projet de Développement de l'Irrigation dans la Région de Tillabéry ; le Programme Spécial Sécurité Alimentaire ; Projet d'Appui à la Sécurité Alimentaire ; le Projet d'Appui à la sécurité Alimentaire par la petite Irrigation (ASAPI), ainsi que bien d’autres actions des autres projets et ONG. Tous ces projets interviennent dans la construction des seuils d'épandage, des barrages, des ouvrages de prise, ainsi que dans la petite irrigation et l’appui à la mise en valeur.
Monsieur le ministre, on sait que plusieurs milliards ont été investis dans des périmètres irrigués, notamment ceux de Jirataoua, Douro, et Téguéléguel. Quelle est la situation sur chacun des périmètres ?
Le secteur rural connaît une situation préoccupante caractérisée par une faible productivité des systèmes de production due principalement à la précarité climatique. Face à cette situation, et tenant compte de la prédominance de l'agriculture dans le développement économique du pays, et du potentiel irrigable (270 000 ha et plus de 30 milliards de m3 d'eau disponibles chaque année), l'Etat a privilégié le développement des cultures irriguées à travers la maîtrise des eaux de surface et une meilleure mobilisation des eaux. C'est dans cette optique que le Programme de Vulgarisation des Cultures Irriguées (PVCI) a été initié en 2007 par les plus hautes autorités, sur les ressources propres de l'Etat, venant ainsi renforcer les efforts déjà entrepris avec les partenaires. Ce programme dont l'objectif principal est de renforcer la sécurité alimentaire, est entièrement financé sur fonds propres dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique agricole de la CEDEAO qui invite les pays de l'espace à consacrer 10% du budget national au secteur et à accroître la production annuelle de 6%. Il a bénéficié d'une enveloppe de quatre milliards cinq cent millions de francs CFA sur le budget 2007 et, sur le budget 2008, une inscription de 9,2 milliards de francs CFA en vue de la réalisation des travaux de mobilisation des eaux et d'aménagements hydro agricoles. Ce budget a permis de passer, en 2007 et 2008, sept marchés de travaux d'aménagement hydro agricole et deux marchés de travaux de construction de barrage.
La mise en oeuvre de ce programme a permis d'enregistrer quelques résultats, notamment à travers la mise en valeur du périmètre de Boulangouri (Diffa) qui a été exploité en riziculture en 2009; 100 familles ont bénéficié chacune d'une parcelle de 0,5 ha. Le rendement est de 6t /ha de riz de paddy. Pour les autres chantiers, plusieurs problèmes n'ont pas permis de terminer les travaux. Parmi ces difficultés, on peut noter la faible capacité technique, organisationnelle et financière des entreprises, mais également les difficultés des payements qui se font en tranches et étalés dans le temps par le trésor national. A titre d'exemple, les avances de démarrage de Jirataoua ont été payées en 6 mois (novembre 2007 à Juin 2008).
D’une manière générale, que représente, l'apport des cultures irriguées dans la production agricole nationale ?
En termes, d'apport des cultures irriguées, on peut dire que près de 100000 ha sont aménagés pour lesquels plus de 85 % sont annuellement exploités en cultures irriguées dont : 9000 ha en double culture de riz, avec un rendement de 10 tonnes de paddy par ha et par an (périmètres encadrés par l'ONAHA), 6 000 ha en une seule campagne de céréales diverses (blé, maïs, coton, oignon, etc.) pour un rendement 3,5 tonnes par ha ; Il y a également la production d’oignon, poivron, tomate, canne à sucre, patate douce, pomme de terre, ail, manioc, etc., dont l'équivalent céréalier est estimé à plus de 300000 tonnes. Au total, la production est estimée à plus de 420 000 tonnes, ce qui représente entre 10 et 15 % de la production globale. Toutefois, cette contribution doit être améliorée en intensifiant la pratique des cultures irriguées au regard des effets déjà perceptibles des changements climatiques. Les chantiers qui ont démarré en 2008 et qui ne sont pas terminés à ce jour sont donc Douro (50 ha) et Jirataoua (400ha).
Réalisée par Tchirgni Maïmouna
































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