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Vendredi, 10 Fév 2012
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Invité : M. Jeffrey A. Dvorkin, Professeur en journalisme et directeur exécutif de ‘’Organisation of News Ombudsmen’’

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M. Jeffrey A. Dvorkin
Professeur émérite de journalisme à la Faculté de Communication et d’Art de l’université Reyerson de Toronto au Canada, et Directeur exécutif de ‘’Organization of News Ombudsmen’’ (ONO), M. Jeffrey A. Dvorkin séjourne dans notre pays à l’occasion de l’atelier organisé par l’Association des Journalistes du Niger (AJN), en collaboration avec le Centre Culturel Américain sur le thème : ‘’la responsabilité du journaliste dans un contexte d’élections démocratiques’’,

“L’autorégulation, c’est cela l’essentiel pour un journalisme fiable, et une information acceptable et proportionnée”

qui s’est déroulé du 9 au 10 juin dernier à la Maison de la Presse. Nous avons profité de cette opportunité pour nous entretenir avec l’ancien patron de la National Public Radio des Etats-Unis, et de la Canadian Broadcasting corporation, sur la responsabilité des médias en période électorale.

M. Jeffrey A. Dvorkin, vous séjournez au Niger depuis peu. Pouvez-vous nous dire dans quel cadre se situe votre mission ?

Je suis invité par l’ambassade des Etats-Unis au Niger pour faire des rencontres professionnelles avec les journalistes nigériens et parler d’un bon journalisme en période électorale. Professionnellement, j’étais chef de deux services de nouvelles internationales, notamment ‘’National Public Radio’’ aux Etats-Unis, et ‘’The Canadian Broad casting Corporation’’ au Canada. J’ai un peu d’expérience en matière d’élections dans les deux pays. Je crois que les quelques idées que j’ai eues sur les sujets comme la déontologie et la bonne pratique du journalisme peuvent servir nos collègues nigériens.

Selon vous, comment peut-on faire un bon journalisme ?

Le bon journalisme, c’est d’abord de comprendre la différence entre un journalisme basé sur les faits, et un journalisme d’opinion. Il ne faut pas les confondre. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, nous sommes dans une période de confusion sur cette question. Trop souvent, les organisations des médias présentent l’opinion déguisée comme un journalisme de faits. L’essentiel, c’est d’être clair avec l’auditoire, avec le grand public. Il faut des choix qui soient au service du grand public comme citoyen premièrement, et deuxièmement comme consommateur des médias. Si on se demande chaque matin, lors des conférences de rédaction,  de quoi l’auditoire a besoin comme information qui va le servir en tant que citoyen, là on fait le bon choix. Mais si on se demande tout simplement comment est-ce qu’on peut livrer les oreilles et les yeux à la publicité, ce n’est pas un bon choix. C’est cela la différence entre un bon journalisme et un journalisme  moins efficace.

M. Jeffrey A. Dvorkin, quelles sont les conditions d’une bonne couverture des élections par les médias ?

Pour moi, c’est d’abord la transparence. Il faut être franc avec son auditoire pour les questions qui peuvent intéresser les citoyens. Il faut donner l’opportunité à l’auditoire de s’insérer dans le processus du journalisme ; d’avoir un médiateur dans le journal, de poser des questions aux hommes politiques, de faire un partenariat avec l’auditoire.

Selon les expériences que vous avez acquises au cours des différentes couvertures d’élections aux Etats-Unis ou au Canada, quel est le comportement des partis politiques pendant les élections ?

C’est toujours chargé. Il y a toujours des pressions envers les journalistes. Les hommes politiques veulent faire passer leurs messages à eux. Souvent, ils essayent d’éviter les journalistes les plus expérimentés pour aller directement vers l’électorat. Souvent, aux Etats-Unis, nous avons des politiciens qui essayent d’éviter la classe journalistique de Washington, pour aller directement dans les radios rurales, les télévisions et dans les autres petites localités pour s’adresser aux journalistes locaux qui sont plus naïfs. C’est une attitude très dangereuse. Nous avons de très bons journalistes dans les centres ruraux. Il faut leur donner beaucoup de formation pour qu’ils puissent présenter des idées proportionnelles à leur auditoire.

Selon vous, c’est quoi une presse libre ? Est-ce celle qui est indépendante, ou celle qui est autonome ?

Les deux à la fois ! L’autorégulation, c’est cela l’essentiel pour un journalisme fiable, et pour que l’auditoire puisse avoir confiance que l’information qu’il reçoit est acceptable, proportionnée et fiable.

Quelles sont les garanties de transparence des élections dans un pays comme les Etats Unies ou le Canada ? Est-ce qu’on peut penser que ces mêmes garanties d’élections transparentes, on peut les retrouver dans des pays comme le nôtre ?

Oui, je suis très optimiste. Surtout si les organes de presse trouvent un moyen de faire rentrer le grand public dans le processus, soit par un médiateur indépendant, soit par des réunions avec le public, qui peuvent être mises sur les antennes ou publiées dans les journaux. Simplement des façons par lesquelles le public peut poser des questions aux hommes politiques et aux journalistes. Les journalistes doivent être responsables de leur travail envers le grand public.

Est-ce qu’il y a une organisation spécifique que les organes de presse doivent mettre sur pied en période électorale pour couvrir les élections ?

Non, je crois que l’essentiel pour chaque organe de presse est de faire de son mieux. J’hésite, en tant qu’Américain, d’avoir trop de confiance dans les systèmes gouvernementaux. Je suis peut- être un peu ‘’libertarian’’ comme on dit aux Etats-Unis. Je crois que la responsabilité doit être située sur les organes de presse avec la coopération de l’Etat. Mais l’indépendance des médias est l’élément le plus essentiel pour un journalisme libre et fiable.

Finalement, pour conclure cet entretien, c’est quoi la responsabilité du journaliste en période électorale ?

C’est la même responsabilité qu’il doit avoir en période non électorale. Cela veut dire, avoir la responsabilité envers son auditoire ; poser les questions avec à l’esprit l’idée de citoyenneté en premier lieu, et celle de servir le public selon ses besoins. En période électorale, c’est beaucoup plus chargé. Il y a beaucoup plus de pression ; il y a beaucoup plus d’opportunités pour la classe politique de communiquer, donc il faut se méfier un peu. Il faut aussi faire attention au moment où l’information est lâchée. Si elle est donnée juste au moment où vous allez mettre sous presse, cela indique qu’il y a quelque chose de tordu en dessous. Normalement, les valeurs du bon journalisme existent aussi bien pendant les périodes pré électorales, électorales que post- électorales.

Réalisée par Oumarou Moussa

11 juin 2010
Publié le 11 juin 2010
Source : Sahel Dimanche

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