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Samedi, 04 Fév 2012
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Crise au sein du MNSD : la justice peut-elle trancher le litige ?

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Le MNSD Nassara, comme vous le savez, est en procès contre le … MNSD Nassara ! Avant d’analyser en profondeur cette situation judiciaire, il serait opportun de faire, succinctement, la genèse de ce qui fut la crise au sein du Bureau Exécutif de ce parti, à l’origine de ce litige judiciaire.


Genèse de la situation

Affaibli par la perte de la Primature en mai 2007, le Président du MNSD Nassara, Hama Amadou, allait affronter d’autres difficultés, notamment son arrestation et son incarcération à la prison de haute sécurité de Koutoukalé. Mais avant, pressentant les convoitises de ses adversaires au sein du Bureau Exécutif du MNSD, le Seigneur de Youri avait pris le soin, par un acte notarié, de confier la présidence du parti à son Secrétaire Général, Salissou Habi. Manifestement, cette décision du Président du parti n’avait pas rencontré l’assentiment des autres membres du Bureau qui avaient estimé que les Statuts du parti n’avaient point été respectés dans ce sens. Pour notre part, nous n’entrerons pas dans les détails de cette guerre des textes, mais nous nous bornerons tout simplement à en tirer les conséquences qui s’imposent. Depuis cette présidence déléguée, le MNSD était entré dans une profonde zone de turbulence qui avait fini par consacrer la fracture du parti en deux ailes : l’aile, appelée légitimiste, regroupant le SG et les autres partisans de Hama, dont les plus emblématiques étaient Soumana Sanda, Hassane Diégoulé, Omar Tchiana dit Ladan et autres ; et l’aile, dite alternative, autour du Président de la puissante section MNSD de Tillabéri, Seini Oumarou, Premier Ministre de l’époque, flanqué des autres présidents des sections de l’intérieur. L’atmosphère au sein du parti était tellement dégradée que les réunions hebdomadaires ne pouvaient se tenir que sous haute surveillance policière, à l’instar de l’animosité entre le Fatha et le Hamas en Palestine ! Tout de même, on avait cru parvenir à une solution lorsque les deux ailes avaient accepté une sorte de présidence collégiale entre Seini Oumarou et Sala Habi pour gérer le parti. Mais très vite, ce consensus, de façade en réalité, vola en éclats quand les deux partis avaient commencé à s’accuser mutuellement de ne pas respecter les termes du compromis.

C’était donc dans cette atmosphère délétère que devait se tenir la réunion du Bureau Politique qui devait se prononcer sur la date de la tenue d’un congrès extraordinaire dans la salle de l’ONAREM. Mais vingt quatre heures avant, le SG Salah Habi avait assigné Seini Oumarou en justice aux motifs que ce dernier n’avait pas pouvoir pour convoquer de telles assises. Mais le juge des référés reconnut compétence au bureau de Seini. La réunion se déroula donc comme convenue et fixa la date du congrès extraordinaire pour le 21 février 2009 à Zinder. Votre serviteur avait été d’ailleurs de ce voyage sur Zinder. Dans la capitale du Damagaram, on procéda, fissa, à tourner méticuleusement la page du Seigneur de Youri à la tête du MNSD, avec l’élection de Seini Oumarou au poste de Président du parti,Albadé Abouba, coopté au poste de SG en lieu et place de Sala Habi. Il faut rappeler que les partisans de Hama avaient fait le déplacement de Zinder, mais avaient préféré boycotter leur participation aux travaux du congrès, en prévision de ce qui allait s’y passer. Bien entendu, ils avaient fait le jeu de leurs adversaires qui n’en demandaient pas plus ! La singularité de la conquête de la présidence du MNSD après Tandja, c’est qu’il faut être Premier Ministre pour y prétendre ! C’avait déjà été le cas du Seigneur de Youri en 2001, ce fut donc le cas de Seini Oumarou en 2009. Le rapport de force militant toujours en faveur du détenteur du pouvoir, les chances des autres candidats étaient inégales !

En voila jusqu’au congrès extraordinaire de Zinder qui avait redessiné la nouvelle configuration du MNSD Nassara avec la bénédiction du Président Tandja Mamadou en embuscade derrière son projet de tazarché. Voyons à présent l’après congrès de Zinder.

Le MNSD après le congrès

Auréolé de sa nouvelle légitimité à l’issue du congrès de Zinder, le duo Seini Oumarou / Alba disposait désormais de toutes les cartes en mains pour reformater le parti à la dimension de leurs ambitions futures. Finie donc la récréation, et gare à tous ceux qui refuseraient d’entrer dans les rangs ! Le temps des purges s’ouvrit et les exclusions plurent sur les partisans du Seigneur de Youri qui furent débarqués par charrettes entières de leur appartenance au MNSD. Dans un ultime sursaut, écrasés par le rapport de force que confère le pouvoir, ces bannis du MNSD saisirent la Justice pour qu’elle se prononçât et sur leur exclusion, et sur la validité du congrès de Zinder. Sur les exclusions, la justice avait tranché en faveur des bannis, en ce sens qu’elle avait estimé que lesdites exclusions n’avaient pas respecté la procédure disciplinaire en la matière. Mais sur le fond, à savoir la validité du congrès de Zinder, à vrai dire, personne dans ce pays ne parvint à comprendre ce qui a été réellement décidé ! Tout ce que l’on sait, dans un premier jugement, le Tribunal Hors Classe de Niamey avait rendu une décision dans laquelle il annulait le congrès de Zinder et toutes les résolutions qui en étaient issues ! Mais la partie défenderesse, à savoir l’aile de Seini Oumarou, interjeta appel de ce jugement pour un examen au fond de la question. En appui de leur appel, l’aile de Seini Oumarou avait demandé une suspension à exécution provisoire décidée par le premier juge. Il faut ouvrir ici une parenthèse pour expliquer qu’en fait, l’aile de Seini Oumarou voulait par cet acte garder son contrôle sur le parti en attendant l’intervention d’une décision judiciaire définitive. Quant à l’aile de Hama Amadou, fort d’un premier jugement en sa faveur, ne souhaitait point un examen au fond de l’affaire aussi rapidement, redoutant l’immixtion du politique en faveur de leurs adversaires, et ils trouvèrent un artifice pour faire toujours renvoyer l’affaire. Mais entre temps, pour continuer à exister politiquement, ils se tournèrent du côté d’un plan B qui consistait en l’animation d’un nouveau parti dénommé LUMANA Fédération Africaine, où tous les anciens exclus du MNSD militaient. Pour le baobab qu’était le MNSD, c’était un moindre mal !

Avec les derniers changements politiques intervenus suite au coup d’Etat du 18 février de Djibo Salou, les partisans de Hama ont, aujourd’hui, estimé opportun de réchauffer le dossier pour aller à son épilogue.

Dans tous les cas, dans les jours, les semaines à venir, la justice nigérienne sera amenée à rendre une décision dans cette querelle politique.

Pour quelle décision finale ?

Ce qu’il faut souligner ici de prime abord, c’est que ce n’est point la première fois que les tribunaux nigériens sont saisis pour résoudre un conflit au sein d’une formation politique. Il y a eu d’abord les querelles de leadership au sein des partis comme le PPN RDA, le Sawaba, la CDS Rahama, sur lesquelles la justice a eu à se prononcer. Le cas le plus emblématique fut celui de la CDS. Des ‘’Rénovateurs’’ décidèrent de remplacer le Président Ousmane à la tête du parti et faute d’y être parvenus, ils décidèrent de créer leur propre parti, le RSD Gaskiya aujourd’hui. Ce qu’il faut noter et retenir au sujet des interventions judiciaires dans les affaires des partis politique, c’est qu’au bout du compte, le parti en question se scinde dans la mesure où la décision judiciaire, fatalement, ne peut faire l’affaire de toutes les parties. Le perdant est toujours contraint de quitter le parti, soit en adhérant à un autre parti déjà existant, soit en créant, le plus souvent, son propre parti politique. Pour le cas du MNSD, sans anticiper sur la décision finale de la justice, il est évident qu’au stade actuel des choses, les esprits auront du mal à coexister après toute l’épreuve difficile subie du fait de cette guerre fratricide. Si d’aventure l’aile de Hama sortait victorieuse de ce bras de fer judiciaire, que deviendrait alors l’autre aile qui avait renié Hama, et Dieu seul sait qu’ils sont nombreux ? En revanche, dans le cas d’une victoire des Seinistes, l’affaire serait moins compliquée pour les Hamistes dans la mesure où ils ont déjà leur LUMANA FA sur les rails. Sans trop verser dans du pessimisme béat, il faudrait admettre, que dans tous les cas de figure, ‘’le plus grand parti du Niger’’ ne sortira pas indemne de cette épreuve judiciaire : la fracture est déjà trop profonde pour ne pas laisser une trace indélébile. Une chose demeure également sûre pour tous les observateurs : aucune réconciliation ne sera possible, la fracture n’est plus au stade de l’adversité seulement, mais bien un duel à mort ! A moins d’un miracle dont seule l’histoire a le secret, on peut d’ores et déjà dire que l’avenir immédiat et futur du MNSD dépendra largement de la prochaine décision judiciaire.

Ayouba Karimou
13 mai 2009
Publié le 12 mai 2009
source : Opinions

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