Le Premier ministre, M. Mahamadou Danda, a présidé, hier matin, dans la salle de conseil de la primature, la réunion de la Commission mixte de concertation Etat-donateurs. L’ordre du jour de cette réunion a porté sur la crise alimentaire qui se profile à l’horizon dans notre pays. Il s’est agi, à travers ces échanges avec les différents partenaires membres du dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires,
de réfléchir sur les voies et moyens en vue d’appuyer les efforts du Niger pour faire face à cette situation.« Je souhaiterais lancer un appel pressant à tous, afin qu'un soutien massif soit apporté aux énormes efforts déployés par le Niger, pour faire face à la famine », déclare le Premier ministre, SEM. Mahamadou Danda
La Commission mixte de concertation est un cadre d’orientation, de coordination et de suivi des actions de prévention et des interventions spécifiques en cas de difficultés alimentaires. Ce cadre a été créé, il y a une dizaine d’années et regroupe tous les intervenants dans le domaine de la sécurité alimentaire. Il rassemble en son sein des acteurs multiples : pays amis, organismes de coopération, organisations internationales ainsi que les services techniques de l’Etat nigérien. Dans son introduction, le Premier ministre a présenté la situation alimentaire chiffres à l’appui. Mahamadou Danda a tout d’abord évoqué les résultats de la campagne agropastorale 2009, ceux de l’enquête rapide sur la vulnérabilité des ménages et enfin le Plan national de contingence élaboré par les services du gouvernement en vue de faire face à la crise. Tous ces documents avaient été au préalable soumis aux partenaires. En terme statistique, le coût total du plan de soutien est estimé à 89.164.706.400 FCFA, alors que le disponible est évalué à 29.658.472.335 FCFA, soit un gap à chercher de l’ordre de 59.509.234.065 FCFA. Après l’introduction du Premier ministre, le chef de file des partenaires, M. Hans- Peter Schadek, chef de la délégation de la Commission de l’Union Européenne et le Coordonnateur résident du Système des Nations unies (SNU) au Niger ont intervenu pour saluer la démarche du gouvernement et réaffirmer la disponibilité de leurs institutions respectives à accompagner le Niger. Hans- Peter Schadek a indiqué que la communauté des bailleurs des fonds a suivi l’évolution de cette situation ‘’avec beaucoup d’attention voire de préoccupation’’. Hans-Peter Schadek a salué la tenue de cette rencontre qui permettra d’échanger sur les questions de programmation, de ciblage, de la coordination des actions, de la communication et du suivi. Pour sa part, le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies (SNU) au Niger, coordonnateur humanitaire a indiqué que le SNU sera aux côtés du Niger dans ses efforts de mobilisation des ressources et des énergies pour répondre à la situation. En outre, Mme Khardiata Lo N’diaye a annoncé que la contribution du SNU et de la communauté humanitaire sera de plusieurs ordres. Ces contributions seront non seulement financières, mais aussi en appui conseil et en mobilisation du réseau des compétences dans le domaine de l’urgence. Par ailleurs, et en réponse à la requête du gouvernement, le Coordonnateur du SNU a indiqué que le SNU a déjà entrepris la préparation d’un plan de réponse humanitaire en collaboration avec les services du gouvernement et les acteurs humanitaires. (Lire ci-dessous l’intervention du Premier ministre)
l Siradji Sanda
« Je souhaiterais lancer un appel pressant à tous, afin qu'un soutien massif soit apporté aux énormes efforts déployés par le Niger, pour faire face à la famine », déclare le Premier ministre, SEM. Mahamadou Danda
«Mesdames et Messieurs, chers invités
Je voudrais tout d'abord vous exprimer mes sincères remerciements d'avoir accepté, venir partager avec nous l’une de nos grandes préoccupations du moment à la fois prioritaire et urgente, je vais parler de la crise alimentaire que notre pays est en train de vivre. Il ne s'agira donc pas seulement d'une réunion de prise de contact, mais une occasion d'examiner en toute objectivité et en toute franchise les voies et moyens d'apporter une réponse positive à la situation d'insécurité alimentaire que le Niger traverse, et de prospecter les solutions définitives permettant de juguler durablement la récurrence de ce phénomène, qui n'arrête pas de meurtrir le coeur, et la dignité du peuple nigérien.
Mesdames et Messieurs,
Comme vous le savez, la campagne agropastorale 2009 laisse présager des difficultés alimentaires au vu des résultats très mitigés enregistrés. La campagne pastorale 2009, quant à elle, a été globalement caractérisée par un bilan fourrager déficitaire d'environ 16.137.329 tonnes de matière sèche soit un équivalent de 67% du cheptel national en UBT. La production issue de la campagne 2009 s'élève à 4.671.283 TMS soit 13% de moins que l'année 2008. La campagne agricole d'hivernage 2009 s'est achevée avec un bilan céréalier brut déficitaire de 119 700 tonnes sur la base de la disponibilité et la consommation en céréales mil, sorgho, maïs et fonio. En intégrant les autres céréales irriguées dont le riz et le blé, le déficit céréalier s'élève à 410 661 tonnes. Il faut souligner que cette situation est le fait des disparités inter et intra régionales observées dans le déroulement de la campagne.
Par ailleurs, les résultats de l'enquête «vulnérabilité des ménages » réalisée au mois de décembre 2009 au niveau national, font ressortir des zones en insécurité alimentaire sévère : l'enquête a révélé que 20% de la population sont en insécurité alimentaire sévère soit 2 663 538 personnes ou 380 505 ménages. Ces ménages sont caractérisés par un stock alimentaire insuffisant qui ne suffira à couvrir qu'une période de 10 jours, contre plus de 3 mois en moyenne pour l'ensemble des ménages. Cette insécurité alimentaire sévère affecte plus les régions de Tahoua (33,9% de la population), Diffa (32,0% de la population), Zinder (22,3% de la population) et Tillabéry (47,1% de la population). L'insécurité alimentaire modérée touche 38,2% de la population (ou 5.100.000 personnes) contre 15,1% en 2008 et 21% en 2007. Ces résultats indiquent qu'à l'échelle du pays environ 6 ménages sur 10 soit 58,2% de la population (ou 7.905.100 personnes) font face à une insécurité alimentaire sévère ou modérée.
Cependant, rapportés aux populations des zones vulnérables identifiées, les résultats font ressortir 3.496.584 personnes en situation d'insécurité alimentaire sévère et modérée. Selon leur niveau d'insécurité, ces populations se répartissent comme suit : 1.378.017 personnes en situation d'insécurité alimentaire sévère ; 2.118.567 personnes en situation d'insécurité alimentaire modérée ; 3.496.584 personnes en situation d'insécurité alimentaire à risque. Ainsi, en référence au Plan national de contingence «volet sécurité alimentaire et/ou nutritionnel» adopté par le gouvernement en janvier 2008, les résultats de l'enquête indiquent un niveau d'insécurité alimentaire correspondant au scénario 2 «insécurité alimentaire critique». Il traduit un deuxième niveau de détérioration de la situation alimentaire et nutritionnelle et nécessite une mise en œuvre d'actions d'atténuation de crises alimentaire de grande envergure. Les actions prévues seront dans un premier temps concentrées dans les zones vulnérables où environ 3. 500 .000 personnes sont en situation d'insécurité alimentaire sévère ou modérée. Toutefois, aux vues des risques de dégradation de la situation au niveau de l'ensemble des zones, il y a lieu de prévoir une intervention de plus grande envergure pour répondre entièrement aux besoins des populations en situation d'insécurité alimentaire sévère et modérées au niveau national, soit 7. 772. 000 personnes.
Mesdames et Messieurs, comme vous le savez, au titre des priorités de la transition politique entamée au Niger, les nouvelles Autorités ont pris l'engagement de tout mettre en œuvre, pour faire face à la famine qui menace l'existence de millions de nigériens dans pratiquement toutes les régions du pays. Cet engagement doit se traduire, aujourd'hui, par la mobilisation de toutes les énergies, du gouvernement, des pouvoirs publics et des différentes régions du pays, afin de soustraire définitivement les populations nigériennes des affres de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition. Dans cette optique, et m'adressant particulièrement à l'ensemble des participants à notre rencontre et plus largement à l'ensemble de la communauté nationale et internationale, je souhaiterais lancer un appel pressant à tous, afin qu'un soutien massif soit apporté aux énormes efforts déployés par le Niger, pour faire face à la famine et pour atteindre durablement l'autosuffisance alimentaire.
Mesdames et Messieurs, au regard de la situation, les trois volets retenus et soumis à votre appréciation, sont d'une pertinence reconnue et revêtent une priorité absolue dans la mise en œuvre de notre stratégie de développement.
1. Volet alimentaire : Dans ce cadre, et à travers le programme d'intervention coordonné par le Dispositif National de Sécurité Alimentaire, notre requête vise à obtenir le financement de la reconstitution de la réserve alimentaire stratégique. A cet effet, un certain nombre de stratégies ont été retenues, à savoir : le Cash for work pour les avantages qu'il apporte aux populations vulnérables. Il permet de faire facilement un ciblage sur la base d'un processus d'auto-sélection ; le renforcement et/ou création de banques céréalières afin de faciliter l'accès aux vivres ; le renforcement des stocks céréaliers, en effet pour réaliser l'ensemble des actions prévues, il est nécessaire d'avoir un stock de 226 671 tonnes de céréales ; la vente de céréales à prix modéré. L'opération nécessite d'injecter 60 000 tonnes de céréales en une phase ; la distribution gratuite généralisée dans les zones vulnérables au niveau de deux départements : Ouallam et Tillabéry avec 10. 817 tonnes et ; la distribution gratuite ciblée dans les zones en insécurité alimentaire sévère. Environ 1. 378. 017 personnes devraient bénéficier d'une distribution gratuite pendant la soudure afin de leur permettre de s'adonner aux travaux champêtres en toute quiétude ; la reconstitution du Stock national de Réserve .Son niveau optimal est de 110 000 tonnes, dont 80.000 tonnes de stock physique (SNS) et 30.000 tonnes de réserves financières Fonds de sécurité alimentaire (FSA).
2. Volet actions d'accompagnement : Il s'agit d'obtenir en urgence le financement de la mise en place d'intrants zootechniques. En effet, le grand déficit fourrager enregistré cette année cumulé à celui de Tannée de 2008 nécessite de prendre des dispositions urgentes afin d'éviter au bétail le
spectre macabre de la terrible sécheresse des années 70. Comme seconde action d’accompagnement, il y a l'approvisionnement en semences pour permettre aux producteurs des zones déficitaires de préparer la campagne agricole 2010 dans des conditions adéquates. A cet effet, le plan prévoit un programme d'appui en semences d'urgence aux villages déficitaires.
3. Volet nutritionnel : Dans cette rubrique, les stratégies sont centrées sur la prévention des problèmes de sous-nutrition et de prise en charge des couches les plus vulnérables. Au titre de l'année 2010, tout particulièrement avant et pendant la période de soudure alimentaire, il s'agit de veiller à la prévention de la malnutrition grâce à des distributions alimentaires ciblées (blanket feeding) pour 500.000 enfants de 6 à 23 mois dans les départements particulièrement vulnérables ; la prise en charge de la malnutrition aiguë modérée chez 310.000 enfants de 6 à 59 mois et 35.000 femmes enceintes/allaitantes ; la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère chez 63.000 enfants de 6 à 59 mois.
Mesdames et Messieurs, le Niger a besoin d'un soutien international massif, pour faire face à la situation. Nous souhaitons, mettre un terme définitif à la précarité alimentaire, en créant les conditions d'une production alimentaire sous notre maîtrise. Le coût total du plan de soutien est estimé à 89 164 706 400 FCFA. Le disponible est évalué à 29 658 472 335 FCFA et le montant à rechercher à 59 509 234 065 FCFA. Je sais pouvoir compter sur la mobilisation de la Communauté nationale et internationale pour nous aider à relever les défis auxquels notre pays est confronté. Je sais tout particulièrement compter sur la sollicitude des partenaires traditionnels du Niger, en particulier ceux signataires de l'Accord-cadre, qui partagent avec nous la conviction de la nécessité de disposer d'une capacité de réaction suffisante et immédiatement
mobilisable en cette période de crise alimentaire aiguë. C'est sur cet appel que je termine mes propos et que, je souhaite pleins succès à nos travaux. »
11 mars 2010
publié le 11 mars 2010
Source : Le Sahel














































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